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Mort de la policière de Laval, Valérie Gignac

La Presse, mercredi 16 juillet 2008

Mort de Valérie Gignac: la police de Laval critiquée

Rollande Parent
La Presse Canadienne
Montréal


La policière Valérie Gignac est décédée par balles en décembre 2005.

Pour une seconde fois en quelques semaines, la direction du Service de police de Laval est amenée à réaliser que les méthodes de travail de ses policiers sont périlleuses pour eux. L'examen des circonstances entourant la mort violente des policiers Valérie Gignac et Daniel Tessier, tous deux de Laval, le démontre.

Mercredi, c'était au tour de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) de faire ce constat à la suite de l'enquête menée sur le décès par balles de la policière Valérie Gignac, en décembre 2005. L'inspecteur Jean-Guy Bergeron conclut que la décision de défoncer la porte du logement d'un individu en colère et agité avait été prise alors que la situation ne s'y prêtait pas. Il juge en outre que la décision de la policière Gignac de se placer devant la porte pour la défoncer était inappropriée et susceptible de mettre sa vie en danger.

«Se placer face à une porte sans savoir ce qui se trouve derrière peut compromettre la sécurité du patrouilleur. Il peut y avoir une personne armée, comme dans le présent cas, (...) capable de blesser mortellement le patrouilleur ou toute autre personne entrant dans le local», écrit l'inspecteur.

«Les patrouilleurs connaissaient l'individu pour l'avoir mis en état d'arrestation. Lors de cette arrestation la policière Gignac avait négocié longtemps avec lui avant qu'il décide d'ouvrir sa porte et de suivre les patrouilleurs», signale également l'inspecteur Bergeron.

Malgré son état de colère, l'individu répondait à l'agente qui l'interpellait. La situation ne présentait aucune urgence. «La communication étant établie, celle-ci aurait dû être maintenue avec l'individu afin de l'amener à ouvrir sa porte lui-même», commente l'inspecteur.

Celui-ci souligne que les policiers de Laval n'ont jamais reçu de formation pour forcer l'ouverture d'une porte, de sorte qu'ils improvisent. De même, la formation acquise à l'Ecole nationale de police du Québec (ENPQ), quant à la prise de décision lors d'une intervention, n'a pas été rafraîchie depuis leur arrivée sur le marché du travail, déplore-t-il.

Un semblable problème de formation a été soulevé à la mi-juin, à l'issue du procès de Basil Parasiris relatif à la mort par balles du policier Daniel Tessier. Il y est clairement ressorti que l'opération policière menée le 2 mars 2007 à Brossard au domicile de M. Parasiris, avant le lever du jour, avait été mal préparée.

Dans les heures qui ont suivi l'acquittement de l'accusé, le directeur de la police de Laval, Jean-Pierre Gariépy, avait d'ailleurs indiqué qu'il allait demander que soit revue, entre autres, la formation des policiers en ce qui a trait à l'entrée par surprise.

Pour sa part, le lieutenant Daniel Guérin, porte-parole du service de police de Laval, a fait remarquer mercredi que des mesures ont été mises en place depuis le décès violent de la policière Gignac. Depuis janvier 2006, une formation de deux jours a été fournie aux quelque 500 policiers du service sur «l'entrée surprise» et sur le processus de prise de décision.

«Les policiers examinent dans quelles circonstances il y a lieu de prendre du temps pour poser un geste, faire une intervention, et dans quels cas il faut défoncer et faire le travail parce qu'il y a une crise à l'intérieur», a expliqué le policier Guérin.

Celui-ci reconnaît que les deux événements grandement médiatisés que sont les décès de Daniel Tessier et de Valérie Gignac ont pu porter ombrage au service de police de Laval.

«C'est sûr et certain que quand deux événements comme ceux-là surviennent, il peut y avoir une perception négative des citoyens. Mais le service de police de Laval est très professionnel. On ne parle pas à tous les jours de tous nos bons coups, des cas où on a sauvé des gens. Malheureusement ces deux incidents ont été hautement médiatisés. Dans toutes les organisations, des choses arrivent et des ajustements sont faits par la suite», a fait valoir le lieutenant Guérin.

Du côté de l'École nationale de police du Québec, la porte-parole Andrée Côté a reconnu que les techniques d'ouverture forcée d'une porte n'y sont pas enseignées. Au retour des vacances, au moment de la révision du programme de formation des patrouilleurs, la question d'ajuster la formation à cet égard sera à l'ordre du jour.

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La Presse, jeudi 17 juillet 2008

La CSST critique l'intervention de la police de Laval

Pascal Ouandji
La Presse

La policière lavalloise Valérie Gignac n'aurait pas dû mourir. L'intervention policière qui lui a coûté la vie en 2005 «était basée sur une analyse inexacte de la situation». Pire, la technique utilisée par les policiers était «inappropriée et dangereuse».

Telles sont les conclusions du rapport de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), rendu public hier.

Le 14 décembre 2005, Valérie Gignac et un collègue répondent à l'appel d'une personne qu'ils croient en difficulté. Lorsqu'ils arrivent dans l'immeuble, ils entendent des bruits d'agitation.

Les agents demandent au locataire François Pépin d'ouvrir la porte. Il refuse. Valérie Gignac déduit qu'il y a une personne en danger à l'intérieur de l'appartement. Elle tente donc de défoncer la porte. Deux coups de feu retentissent. La policière est touchée à mort.

Selon le rapport, Valérie Gignac a mal analysé la situation. «Rien ne démontrait l'urgence d'entrer dans l'appartement», écrit l'inspecteur Jean-Guy Bergeron. «Au lieu de maintenir le contact avec le locataire qui, malgré sa colère, répondait à l'agent qui l'interpellait, la policière menace de défoncer la porte. L'ouverture forcée n'était pas la technique à utiliser et était donc inappropriée.»

C'est le deuxième revers qu'essuie le service de police de Laval en un mois. En juin, un jury a acquitté Basil Parasiris, qui avait abattu le policier Daniel Tessier. La police lavalloise avait été critiquée parce que l'intervention ne s'était pas faite selon les règles de l'art.

Peu après la mort de Valérie Gignac, le service de police de Laval a voulu rectifier le tir. «À la suite de l'accident, deux jours de formation ont été administrés à nos 500 policiers», explique Daniel Guérin, le lieutenant du service de police de Laval. Les cours portaient sur les entrées stratégiques et sur le processus méthodologique d'intervention.

Improvisation totale

L'École nationale de police du Québec (ENPQ) écope d'une partie du blâme de la CSST. Le programme de formation de l'ENPQ est muet quant aux techniques sécuritaires d'ouverture forcée des portes, peut-on lire dans le rapport. Selon M. Bergeron, Valérie Gignac est morte car "elle n'avait jamais été formée sur la méthode sécuritaire d'ouvrir les portes".

"Tous les policiers ont dit devoir forcer à l'occasion l'ouverture des portes dans le cadre de leur travail. Chacun le fait à sa façon", constate M. Bergeron. Étant donné qu'il n'y a pas de méthode préétablie, c'est l'improvisation totale."

L'ENPQ a réagi par l'intermédiaire de son porte-parole, Andrée Doré. "Nous avons reçu le rapport de la CSST, nous allons étudier les recommandations, a-t-elle dit. Notre programme est très bien, mais il est perfectible. On essaie toujours de l'améliorer."

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Le Journal de Montréal, jeudi 17 juillet 2008

Mort de la policière Valérie Gignac
La police de Laval encore blâmée

La CSST estime dangereuses ses méthodes de travail

Les patrouilleurs du Québec ne savent pas défoncer des portes de manière sécuritaire, affirme la CSST dans son rapport rendu public hier sur la mort de la policière Valérie Gignac.

Alexandre Geoffrion-McInnis
Le Journal de Montréal


VALÉRIE GIGNAC
Victime

Depuis la tragédie du 14 décembre 2005 à Laval où François Pépin l'avait abattue, seul le service de police de Laval offre la formation spécialisée sur l'art de défoncer une porte. Pour sa part, l'École nationale de police du Québec (ENPQ) réserve cette technique aux groupes d'intervention tactique.

«On ne peut pas tout apprendre aux futurs patrouilleurs à l'intérieur d'un programme de 15 semaines. On va étudier le rapport d'ici la fin des vacances et évaluer la pertinence de donner une formation particulière sur le défonçage des portes», indique le porte-parole de l'ENPQ , Pierre Saint-Antoine.

La CSST estime que la mort de Valérie Gignac aurait pu être évitée puisque l'intervention policière «était basée sur une analyse inexacte de la situation et l'application d'une technique d'intervention inappropriée». Des conclusions que le spécialiste en sécurité publique Robert Poëti endosse entièrement.

«Il n'y a pas de recette magique pour défoncer une porte en toute sécurité, mais je ne comprends pas qu'une formation de base ne soit toujours pas donnée à l'ensemble des policiers du Québec», constate M. Poëti.


PHOTO D'ARCHIVES - LUC LAFORCE
François Pépin avait été reconnu coupable du meurtre de la policière Valérie Gignac.

Deux fois en quelques semaines

C'est la deuxième fois en quelques semaines que le service de police de Laval est amené à réaliser que les méthodes de travail de ses policiers sont dangereuses. Le juge Cournoyer l'avait sévèrement blâmé le 14 juin dernier pour son intervention inadéquate dans l'affaire Basil Parasiris.

«C'est sûr que ces deux événements peuvent entraîner une perception négative des citoyens mais dans toutes les organisations, des choses arrivent et sont corrigées par la suite», commente le lieutenant Daniel Guérin, porte-parole du service de police de Laval.

La Fédération des policiers municipaux du Québec et la Fraternité des policiers de Laval ont refusé de commenter le rapport de la CSST hier.

CHRONOLOGIE DES ÉVÉNEMENTS

11 h 4

Valérie Gignac et son collègue patrouilleur reçoivent un appel de la centrale pour « un individu très violent en train de défoncer sa porte d'entrée ».

11 h 8

Les policiers arrivent sur les lieux et entendent François Pépin, qui semble en colère contre quelqu'un. Il y a beaucoup d'agitation dans l'appartement.

11 h 8

L'agente Gignac demande à Pépin d'ouvrir la porte en cognant à trois reprises. Le suspect est barricadé dans son appartement et refuse d'ouvrir. Les policiers se positionnent de chaque côté de la porte.

11 h 9

Gignac crie qu'elle va défoncer la porte s'il n'ouvre pas immédiatement. L'individu refuse à nouveau d'obtempérer. Son collègue croit que Pépin est directement de l'autre côté de la porte.

11 h 9

Compte tenu de l'agitation de Pépin et de la possibilité qu'il y ait une personne en danger à l'intérieur de l'appartement, la policière de 25 ans recule et se place face à la porte. Elle tente de la défoncer, sans résultat.

11 h 10

Valérie Gignac repose son pied au sol, alors que deux coups de feu retentissent. L'agente porte ses mains à son ventre et s'effondre sur le plancher. Elle a reçu une décharge de carabine Browning de calibre .338 à travers sa veste pare-balles.

La policière est ensuite conduite à l'Hôpital du Sacré-Coeur, où son décès est constaté quelques minutes plus tard.

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